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Editorial : Cave à vin d’un autre type
La découverte de l’archéologie sous-marine a débuté dans l’antiquité.
En effet, Alexandre le Grand avait déjà plongé du vin au fond de la mer, dans une grande cage en verre,
pour l’expérimenter. La mise au point de scaphandres dès 1819 puis l’utilisation de
scaphandres autonomes aux mélanges gazeux spéciaux en plongée industrielle ont permis de découvrir
la plupart des épaves répertoriées.
L’archéologie sous-marine recueille des informations
sur les vestiges architecturaux anciens immergés, sur l’état des coques de navires naufragés
et sur, ce qui nous intéresse en particulier, l’histoire du trafic commercial des marchandises transportées.
En 1967, on découvre un voilier de commerce romain, datant de l’an 70 avant J.-C, qui transportait à partir
de l’Italie, plus de 6000 amphores à vin. Les amphores sont le conteneur par excellence du commerce maritime
de l’antiquité pour les trois produits alimentaires fondamentaux dont le vin. Leur forme est différente
en fonction du produit qu’elle contient.
Ces découvertes ont donné des idées à plusieurs
expérimentateurs : oenologues et vignerons aventuriers du nouveau millénaire.
A ma connaissance, deux sites
en Bretagne expérimentent l’immersion des vins. Un en baie de Morlaix géré par le Vin d’O,
l’autre en baie de Saint Malo, qui connaît les plus grandes marées d’Europe, résultat de
l’idée d’une bande de copains, pas si illuminés que çà.
Les bouteilles, aux goulots
dûment protégés de cire dure, sont bercées par la mer pendant un an à environ 10 mètres
de fond et un viticulteur pense que ce brassage provoque un allongement des molécules qui ouvre le vin et fait ressortir
le fruit.
L’effet du vieillissement est différent de ce qui se passe à terre. On sait que la
mer est une bonne cave car, comme taux d’hygrométrie, on ne peut trouver mieux. Il n’y a pas d’UV
et la température moyenne est stable, de 9 à 12 degrés en moyenne passé 10 mètres .Ce
qu’ils
ne savaient pas, c’est l’effet des marées et des courants de 8 noeuds (15 km/h) qui massent les bouteilles
deux fois par jour. Elles amplifient l’évolution du vin, qui semble plus jeune, plus doux quand il sort de
l’eau mais a des arômes plus arrondis.
Les rouges immergés ont une évolution plus lente que les
rouges identiques non immergés. Pour les blancs, on sent plus le côté bois, le côté fumé de
la barrique. On trouve aux blancs une certaine fraîcheur.
Pour les uns, c’est une fête entre amis passionnés
de vin, pour les autres une oeuvre artistique dont le créateur parle de façon poétique.
A Saint Malo,
c’est l’occasion d’une cérémonie de relevage du vin immergé, puis d’une vente
aux enchères au profit des restaurants du coeur et de la SNSM.
A Morlaix, les vins sont commercialisés chez
le caviste le Vin d’O. Ce peut être l’occasion d’effectuer un beau voyage imaginaire sous les mers
et partager un peu d’ivresse des profondeurs.
Armelle