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L'écho des pressoirs n°300 ÉTÉ 2026
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Hommes, Femmes, sommes-nous égaux face au vin ?
A la question : « Est-ce que les femmes tiennent moins bien l'alcool que les hommes ? » la réponse courte est oui.
La réponse longue, c'est que la réponse elle-même est un piège car elle mélange deux choses très différentes :
- la physiologie d'un côté : ce que le corps fait de l'alcool.
- la perception sociale de l'autre : ce qu'on a le droit de faire quand on est une femme.
L'inégalité chimique :
commençons par le plus mesurable à savoir l'inégalité chimique. Si un homme et une femme boivent la même quantité d'alcool, à de rares exceptions, l'alcoolémie de la femme sera plus élevée. C'est un fait biologique, pas une opinion, et plusieurs mécanismes l'expliquent :
Le premier c'est la composition corporelle. Les hommes ont en moyenne une masse maigre plus élevée que les femmes. Or le muscle est fortement irrigué en sang, la graisse beaucoup moins, et l'alcool se distribue dans l'eau corporelle : plus vous avez de muscle, plus le volume de dilution est grand, plus l'alcoolémie est basse.
Les femmes, avec une proportion de masse adipeuse naturellement plus élevée, ont un volume de distribution plus petit. Chaque verre est donc mécaniquement plus concentré dans le sang.
Le deuxième mécanisme est enzymatique, et il est encore plus déterminant : la métabolisation de l'alcool. L'alcool est métabolisé par une enzyme appelée DESYDROGENASE ou ADH, Cette enzyme est présente dans l'estomac et dans le foie. Or, les femmes possèdent moins d'ADH gastrique que les hommes et l'ADH de leur foie est moins active.
Résultat : une plus grande proportion d'alcool passe directement dans le sang sans être métabolisée en amont.
Les différences hormonales :
Ce 3ème facteur concerne les hormones. Les fluctuations d'oestrogènes au cours du cycle menstruel modifient la vitesse d'élimination de l'alcool. Pendant la phase lutéale l'intoxication est plus forte et dure plus longtemps. La contraception orale aurait un effet similaire en ralentissant l'élimination de l'éthanol.
Le regard de la société :
Mais la véritable inégalité, celle qui fait le plus de dégâts, est plus culturelle que chimique.
Depuis l'antiquité, l'accès des femmes à l'alcool a été un sujet de contrôle. Dans la Rome antique, le vin était interdit aux femmes sous peine de mort. En Egypte ancienne, en revanche, les femmes fréquentaient les débits de boissons et buvaient jusqu'à l'écroulement, mais chaperonnées par un homme chargé de s'assurer qu'elles ne finiraient pas la nuit en roulades au bord du Nil.
La bascule arrive à la fin du XIXème siècle face à la flambée de l'alcoolisme dans toutes les classes sociales. Les femmes se voient alors érigées, bien malgré elles, en garantes de la stabilité familiale. La sobriété devient un attribut féminin, l'ivresse un gage de virilité.
Le résultat c'est une ligne de démarcation qui structure encore nos soirées en 2026 : ne pas boire c'est refuser d'être un homme. Embrasser la sobriété, c'est accepter d'être une femme.
Les signes de l'ivresse :
un débit de parole plus rapide, une voix plus forte, une gestuelle plus erratique, une désinhibition. Mais leur interprétation par le groupe est radicalement différente :
Un homme ivre ne fait qu'occuper un peu plus la place qu'on lui accorde déjà. Une femme ivre outrepasse les limites symboliques qui lui sont fixées et qu'elle a déjà intériorisées.
On pardonne aux hommes de monter sur la table en chantant, un peu moins aux dames. Et c'est là que la physiologie et le social se rejoignent :
Le corps des femmes métabolise moins l'alcool, et le regard porté sur elles quand elles boivent est plus sévère. C'est ce qu'on appelle communément la double peine.
Alors sommes-nous égaux face au vin ?
NON, ni chimiquement ni culturellement. Mais le savoir c'est déjà s'en libérer un peu.
JEAN-JACQUES